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libreassociation - Re: [LibreAsso] texte

Objet : Liste de discussion pour le groupe logiciel libre et monde associatif (liste à inscription publique)

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Re: [LibreAsso] texte


Chronologique Discussions 
  • From: Bastien Sibille <bastien.sibille AT gmail.com>
  • To: libreassociation AT april.org
  • Subject: Re: [LibreAsso] texte
  • Date: Sun, 22 Nov 2009 16:56:04 +0100
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Bonjour à tous,

les messages qui précèdent sont passionnants... Merci pour vos lectures et remarques !

Je réponds à quelques points pour continuer le débat.

- Je suis parfaitement d'accord avec Damien qu'il manque au texte une partie essentielle: les raisons qu'a la communauté du libre de s'allier à l'ESS. Pour dire toute la vérité, je travaillais à cette partie mais ai du, pour des raisons d'agenda, publier le texte dans la version que vous avez lue. Je me positionne bien sur l'idée d'une alliance au sens plein du terme, et non simplement de la reconnaissance du libre par les acteurs de l'ESS.
Une alliance est un mouvement à deux, donc il faut dire les raisons qui doivent conduire les communautés du libre à se lier aux acteurs de l'ESS. Pour l'instant, il me semble que ces raisons sont au nombre de 4 : l'ESS amène aux communautés du libre de formidables capacités de développement (les informaticiens travaillant dans l'ESS se comptent par milliers); l'ESS amène aux communautés du libre un marché tout à fait important; l'ESS, parce qu'elle a une histoire longue et se développe aux quatre coins du monde apporte aux logiciels libres une part supplémentaire de crédibilité et permet de les faire mieux connaître du grand public; l'ESS permet au libre de se lier à une force de changement de la société, et donc de lui permettre de retrouver son sens originel, à l'heure où Google lui même s'y met.

- Je trouve l'idée de dire que les LL sont une branche de l'économie sociale et solidaire intéressante. Cependant, j'y apporterais la distinction suivante (j'avais, il y a quelques temps, déjà passé un message dans ce sens sur la liste): l'économie sociale et l'économie solidaire, pour être sur un même bateau, ne sont pourtant pas exactement la même chose - ici je me démarque probablement un peu de Frédéric :-). L'économie sociale est définie par des critères juridiques liés à la forme des organisations. L'économie sociale, ce sont bien les mutuelles, les coopératives, les associations etc... L'économie solidaire n'a pas à être sociale. Une très grande entreprise capitaliste peut se réclamer de l'économie solidaire si elle a fait de la solidarité l'objectif de son activité. Les entreprises qui aujourd'hui font leur blé (c'est le cas de le dire) sur le commerce équitable, sont des entreprises d'économie solidaire et non d'économie sociale.
En disant cela, je ne cherche pas à dire que les uns sont mieux que les autres, ou inversement. Je pense qu'il est important que les luttes de l'économie sociale et de l'économie solidaire convergent. Pour autant, je pense que personne n'a intérêt à confondre les deux formes d'organisation de la production de richesses qu'elles recouvrent.

=> ce que ce cela veut dire pour moi, et pour en revenir à nos oignons: OK pour dire que les LL sont une branche de l'ESS mais via la branche "économie solidaire". Après, cela n'empêche pas que des structures d'économie sociale produisent du libre - dans ces cas là elles sont à la fois sur le côté ES et sur le côté économie solidaire.

- Je suis parfaitement en accord sur l'idée de rapprocher l'agriculture biologique et LL: c'est le sens de la conclusion de mon papier appelant à une convergence des luttes logiciels/agriculture/médicament sous l'angle d'une position similaire sur les questions de propriété intellectuelle. J'ai d'ailleurs interpellé Vandana Shiva sur ce thème lors des Rencontres du Mont-Blanc il y a quinze jours. Ce faisant, nous nous inscrivons dans des pbtiques largement défrichées depuis le début des années 2000 (Vecam n'étant d'ailleurs pas pour rien dans ce défrichage), mais qui demanderaient peut-être à être remises à l'agenda.

- Je ne suis pas tout à fait convaincu (c'est-à-dire que je demande à l'être :-) ) que l'Open Source mette volontairement de côté les questions du rapport de la société à la technique et au savoir. Pour moi, l'Open Source met de côté cette question dans sa rhétorique, c'est-à-dire que l'Open Source ne cherche pas à faire mouvement et à politiser la question, mais la pose cependant tout à fait sur le plan technique. L'ouverture du code est déjà un positionnement radical sur les questions du rapport de la société au savoir et à la technique. 

- Merci à Jean-Christophe pour les remarques sur les erreurs de frappe et de formulation. Je les intègre au texte. Sur la licence, tu as raison, la restriction commerciale est certainement inutile vu que je ne vois pas trop comment une entreprise capitaliste pourrait faire de l'argent avec ce texte, et que si cela peut-être un argumentaire de vente pour une entreprise d'ESS alors tant mieux :-). Je vais donc retirer le NC. Par contre, je souhaite pour l'instant que le texte garde sa forme, ses enchaînements et sa cohérence - donc je vais laisser le ND.

Amitiés,

Bastien

Le 22 novembre 2009 13:44, Vincent Calame <vincent.calame AT exemole.fr> a écrit :
Quelques commentaires sur cet échange très intéressant.



Une des choses qui ont fait la force de l'ESS depuis son origine, c'est que ce sont des initiatives autogérées de personnes qui se réunissent pour répondre à leurs propres besoins non satisfaits par le marché (souvent  par absence du produit, ou parce qu'elles n'ont pas les moyens d'y accéder). De ce fait, elles pèsent aussi sur la nature de ce qui est produit et parfois sur les conditions dans lesquelles cela est produit. Est-ce que le parallèle avec le libre est tout à fait exact ? il serait  intéressant de creuser la question.

Ce qui est amusant, c'est que dans la légende dorée du logiciel libre, Richard Stallman aurait décidé d'agir à cause de son imprimante dont le pilote n'était pas libre (je laisse les historiens du libre corrigé). Linus Thorvald, quant à lui, aurait commencé à développer le noyeau Linux suite au refus de l'auteur de Minix d'intégrer ses modifications. Netscape ne serait jamais devenu Firefox s'il n'y avait pas eu Internet Explorer et on ne compte pas le nombre de gens qui sont venus au libre du fait de la position dominante de Microsoft.

Bref, à l'origine du libre est souvent une frustration ou une nécessité impérieuse. Tant mieux d'ailleurs, dans la durée la nécessité est plus efficace que l'enthousiasme.

Autrement dit, une analyse comparée des fondements de l'ESS et des fondements du logiciel libre serait très intéressante à faire (de mon point de vue, il y a aussi un parallèle frappant à entre logiciel libre et agriculture biologique, ne serait-ce que sur la question des brevets, mais là je m'égare...).



Je rejoins volontiers Vincent sur "ceux qui font de l'ESS sans le savoir", mais j'ajouterai que c'est encore mieux en le sachant ;-)

Oui, il y en a sans aucun doute un travail intellectuel à faire pour enrichir le fondement théorique du logiciel libre et la réflexion sur l'ESS me semble être un bon angle d'approche. De mon point de vue, le discours sur les quatre libertés est insuffisant, notamment du fait que sur les quatre libertés, trois (consultation du code, modification du code, distribution du code modifié) ne peuvent être exercé que par une infime minorité de la population. Mettre en avant la liberté de consultation du code, c'est comme organisé un vote à bulletin secret avec une population composée de 99% d'analphabètes !

Et le conflit entre les termes « logiciel libre » et « Open Source » n'est pas qu'une querelle de chapelle. Le terme « Open source » ne garde que l'accès technique du phénomène et met volontairement de côté les questions du rapport de la société à la technique et au savoir, questions que posent de mon point de vue le logiciel libre.



La reconnaissance du LL comme branche d'activité de l'ESS viendra pour une grande partie de la pertinence de ses réponses à la fois sur le plan technique que sociale : en prenant en compte l'idée que le consommateur joue un rôle actif dans la commande et l'usage.
Je suis d'accord que le logiciel libre ne peut pas s'imposer uniquement par un argument d'autorité. Il faut un dialogue avec les consommateurs et chacun doit faire un pas vers l'autre.

Je reviens sur mon parallèle avec l'agriculture biologique. Il y a quelques années, l'agriculture biologique, c'était quoi dans l'esprit des gens : des pommes fripées, des tomates biscornues et des carottes rachitiques au double du prix (je force le trait , bien sûr). C'est par une sensibilisation des consommateurs sur les questions environnementales, sur la question du gout que ces derniers ont compris ce que cela signifiait d'avoir des tomates rouges éclatantes mais remplies d'eau et cultivées hors sol, des carottes calibrées dopées aux intrants et des pommes enrobées d'insecticides qu'il ne faut surtout pas croquer avec la peau. Bref, le regard des consommateurs a progressivement changé. Il reste bien sûr toujours la question du cout mais ça c'est une autre histoire.

De la même manière, il faut arriver à changer le regard des consommateurs sur l'informatique. Oui, un site tout en Flash peut être magnifique mais cela a des conséquences sur l'accessibilité. Oui, Google propose des services remarquables mais il a pour lui des millions de serveurs et le financement par la publicité. Oui, Apple est un génie du design mais il n'est pas fondamentalement différent de Microsoft dans sa logique de captation de sa clientèle. On peut multiplier les exemples. Sans doute, le logiciel libre est-il victime du discours sur l'informatique qui annonce monts et merveilles depuis des années en oubliant que c'est une technologie récente qui progresse à pas compté comme toute autre technologie (que l'on songe à la bulle internet de 2001).

Je ne néglige pas la part de travail du côté des libristes et le chemin qui reste à faire de notre côté pour venir à la rencontre des consommateurs. Je rappellerai cependant que le monde du libre est petit et nos ressources sont assez limitées. Peut-être que l'on promet trop de choses, qu'il faudrait se limiter à quelques niches (le web par exemple) et laisser tomber le reste mais ce serait dommage non ?

Vincent




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Info sur la liste : http://www.april.org/wws/info/libreassociation
Wiki du groupe de travail :
http://wiki.april.org/w/Cat%C3%A9gorie:LibreAssociation
Site en projet : http://www.libreassociation.info





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